Cinq films marocains en compétition au Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger

Cinq films marocains en compétition au Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger

05/01/2018

La 15ème édition du FCAT démarre le 26 avril à Tanger avec des projections à la Cinémathèque, un spectacle de flamenco et des activités de formation

L’unique festival célébré en simultané en Europe et en Afrique consacre une rétrospective au cinéaste marocain Ahmed Bounani

Tarifa, 24 avril 2018. Le Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger fêtera ses15 ans du 26 avril au 5 mai 2018. La programmation de cette édition comportera six sections – Hypermétropie, En bref, Afroscope, Autour de Bouanani : le cinéma marocain d’avant-garde, Afrodescendances et 15 ans de FCAT – 80 films, dont trente-six premières en Espagne, dix au Maroc et deux premières mondiales. I’m Not a Witch de la réalisatrice zambienne Rungano Nyoni, Bafta du meilleur premier film en 2018, sera projeté en ouverture dans les deux villes et sera présenté en première au Maroc. Une fois de plus, la qualité artistique est au cœur de la sélection des titres présentés à Tarifa, la ville la plus au sud de l’Europe occidentale, et à Tanger, la ville la plus septentrionale d’Afrique. Deux sièges, deux villes, deux continents, séparés uniquement par 14 kilomètres de mer Méditerranée.

Le Maroc sera largement représenté au FCAT 2018. Tala Hadid, réalisatrice de, entre autres,  Tigmi Nigren (2017), sera membre du jury de cette édition et 5 films marocains feront partie des deux sections en compétition de ce festival transfrontalier : Hypermétropie et En Bref. Apatride de Narjiss Nejjar, montré à la Berlinale en février, est en compétition dans la sélection officielle de long-métrages. Ce film poignant raconte l’histoire d’Henia, prête à tout pour retrouver sa mère dont elle a été séparée depuis le conflit entre le Maroc et l’Algérie lors de la Marche Noire en 1975.

Quatre courts-métrages marocains ont été retenus dans la sélection compétitive En Bref. Achajara du cinéaste Cheick Mohamed Horma témoigne le périple d’un bûcheron qui traverse le désert, portant ses provisions et contemplant la nature et son calme. Fatigué, il s’installe sous un arbre à l’ombre, seul dans l’espace stérile. Roujoula d’Ilias el Faris, met en images un vendeur de dvd piratés de Casablanca qui veut acheter un mouton pour l’Aïd E-Kebir. Salil Assamt de Jaouad Babili montre un homme incarcéré qui essaie de chasser sa solitude en utilisant son imagination et deux « trous de lumière» : l’un sur le mur, et l’autre sur le sol. Finalement, Tikitak-A-Soulima d’Ayoub Layoussifi nous amène à la dernière séance du cinéma Marhaba de la ville d’Azemmour. Hassan, un garçon d’onze ans, veut absolument y aller. Il n’a pas un centime et sa mère refuse de le laisser partir avec ses copains. Mais peu importe, Hassan ira voir le film coûte que coûte.

La danseuse Yinka Esi Graves, londonienne d’origine ghanéenne résidant à Séville, et son groupe flamenco, présenteront un spectacle au cœur de Tanger, plus précisément au Musée de la Kasbah « Salle Riad Sultan », dimanche 29 avril à 19h. L’artiste s’est formé durant cinq ans à Madrid avec des maestros de renom comme Merche Esmeralda, Manuel Reyes et Pepa Molina. Elle s’installe finalement à Séville pour développer son art, guidée par Carmen Ledesma et Juana Amaya.  Dans Tableau flamenco, présenté dans le cadre du FCAT, Yinka est accompagné par Vicent Gelo au chant et par Tino Vandersmann à la guitare. Ce spectacle est soutenu et financé par l’Ambassade d’Espagne au Maroc.

Autour de Bounani: le cinema marocain d’avant-garde, offrira  au public espagnol l’occasion de découvrir pour la première fois une large rétrospective consacrée à Ahmed Bouanani, l’un des cinéastes marocains les plus avant-gardistes mais paradoxalement oublié de l’histoire du cinéma marocain. Le chercheur et cinéaste Ali Essafi est l’auteur du film La Septième Porte, un essai cinématographique qui mêle conversations filmées et extraits de films et tente de restituer l’univers artistique du cinéaste et poète. Il est aussi le commissaire de cette rétrospective réunissant les œuvres cinématographiques de Bouanani et des films d’autres réalisateurs de cette génération qui ont travaillé et partagé une vision du cinéma avec lui. Cette rétrospective, présentée à la Berlinale en 2017, est inédite en Espagne. Le FCAT a pris en charge le sous-titrage en espagnol des treize films sélectionnés, en espérant vivement que cela encourage d’autres institutions cinématographiques et culturelles du pays à offrir à leurs publics la possibilité de les découvrir.

L’Espace École du FCAT au Maroc accueillera plus de 1.200 étudiants marocains de Tanger et de Tétouan. Ils auront l’opportunité d’assister à la projection de plusieurs films d’animation africains et d’en discuter avec un spécialiste de cinéma. Cette activité aura lieu du 19 au 26 avril. Le cinéaste sénégalais Lamine Dieme organisera également un atelier de formation à l’animation en volume destiné à des étudiants des deux rives du Détroit de Gibraltar. Dieme a utilisé cette technique pour la création de son film Au commencement, présenté au FCAT en 2014.  La présence de cet artiste au FCAT est soutenue et financée par l’organisation Action Culturelle Espagnole (AC/E).

Le tangérois Farid Bentria, coordinateur du FCAT à Tanger, poète et artiste plastique, inaugure l’exposition « Narwas, la ville et son témoin » au Château de Guzmán el Bueno de Tarifa. Cette montre a été exhibée pour la première fois à l’Institut Cervantès de Tanger en 2017 et pendant le FCAT 2018 les images de Bentria traverseront le Détroit de Gibraltar pour dévoiler l’apport de cette ville du nord marocain au monde. L’artiste mise sur la culture comme élément de cohésion ; une arme chargée de futur.

D’autre part l’artiste María Luisa Angulo, fondatrice de Trias Culture, organisation basée à Dakar qui vise à promouvoir l’utilisation des technologies numériques au service de la création artistique en Afrique, a été invitée à Tanger pour la préparation du concours de la deuxième édition d’Africa Artbox, dont le FCAT deviendra l’un des partenaires stratégiques. Angulo aura des rencontres professionnelles au Maroc dans le but d’établir des partenariats avec des institutions et des artistes basés à Tanger, dont l’University of New England – campus Tanger. Cette initiative cherche à se positionner comme une référence en matière de création numérique sur le continent africain. La participation d’Angulo au FCAT est aussi soutenue par l’organisation Action Culturelle Espagnole (AC/E).

La programmation du FCAT 2018

Cette année, quatorze films, sept fictions et sept documentaires produits entre 2017 et 2018, ont été retenus dans la sélection officielle du festival, Hypermétropie. La majorité des fictions en compétition viennent du nord de l’Afrique (Tunisie, Algérie, Maroc et Egypte), tandis que l’Afrique subsaharienne est représentée par 5 documentaires. Beaucoup de ces films illustrent la situation politique de divers pays d’Afrique et mettent en scène les mouvements populaires déclenchés dans le sillage du Printemps arabe.

À l’instar de ce qui s’est passé dans d’autres pays africains, il y a-t-il encore de l’espoir pour une transition démocratique ? La réponse est au centre des documentaires Boxing Libreville (Amédée Pacôme Nkoulou), Kinshasa Makambo (Dieudo Hamadi), Vote Off (Fayçal Hammoun) et aussi Sinestesia, El Cairo’13 (Maged El-Mahedy). Ces films seront projetés pour la première fois en Espagne et au Maroc, alors que Lendemains incertains de Eddy Munyaneza, sur l’incertitude provoquée en 2015 par les manifestations contre le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, sera présenté en première mondiale.

Les revendications féministes en vogue gagnent de plus en plus de terrain dans l’espace publique et cela se reflète bien évidement dans le cinéma d’un continent qui regarde de près les changements sociaux et politiques. En Afrique, ainsi que dans le reste du monde, les films commencent à déconstruire la culture patriarcale qui a façonné l’identité féminine depuis des temps immémoriaux.

Quatre cinéastes contemporaines africaines, la plupart réalisatrices d’un premier long-métrage, témoignent ce virage féministe dans la sélection officielle, Hypermétropie : La zambienne Rungano Nyoni ouvrira le festival avec une histoire tragique imprégnée de réalisme magique sur une fillette de huit ans enfermé dans un camps de sorcières, qui a beaucoup émue le public de Cannes l’année dernière, la tunisienne Kaouther Ben Hania recrée le calvaire d’une jeune fille victime d’un viol collectif dans La Belle et la meute, film présenté au Festival de Cannes l’année dernière, la sueco-burkinabée  Theresa Traoré Dahlberg donne la parole à des femmes qui exercent des professions dites masculines dans son documentaire Ouaga Girls, et la réalisatrice marocaine Narjiss Nejjar cible une partie sensible de l’histoire du Maroc dans Apatride.

D’autre part, la section parallèle Afroscope racontera l’Afrique comme elle va à travers des documentaires We Have Never Been Kids (Egypte) de Mahmood Soliman et Au délà de l’ombre (Tunisie) de  Nada Mezni Hafaiedh, et des fictions The Wound (Afrique du Sud) de John Trengove, Supa Modo (Kenya) de Likarion Wainaina et Une saison en France (Tchad) de Mahamat Saleh Haroun. Regards d’Espagne montrera la vision du réalisateur David Reznak sur le Mali dans le documentaire CC1682 et de David Gutiérrez Camps dans Sotabosc. De même, le festival rendra un hommage spécial à Nelson Mandela pour le centenaire de sa naissance, à Hugh Masekela, compositeur de la musique du film Mandela, fils de l’Afrique, père d’une nation et qui vient de disparaître, et à Idrissa Ouedraogo qui a rendu son dernier soupir au mois de février dernier.

La section Afrodescendances met en lumière huit films nationaux et internationaux de la diaspora africaine en Europe. Cette 15ème édition sera de nouveau un lieu de rencontre, de connaissance, d’échange et de communication entre des acteurs, actrices et professionnels du cinéma d’origine africaine et le reste de la société espagnole, faisant du FCAT un point de référence pour l’afrodescendance dans ce pays.

Finalement, en hommage au 15 anniversaire du festival de cinéma africain le plus remarquable du monde hispanophone, le cycle 15 ans de FCAT montrera des films primés par le jury ou par le public lors des éditions précédentes. Des œuvres représentatives de l’âme de cet évènement, qui tout au long de sa trajectoire a voulu exposer des films avec lesquels les créateurs ont construit la narration, l’imaginaire et l’identité culturelle d’un continent aux multiples facettes en pleine croissance, qui continue à chercher sa place dans le monde.

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