Le Sénégal au centre de la programmation du Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger

Le Sénégal au centre de la programmation du Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger

Les courts-métrages sénégalais Dem Dem! et Mama Bobo sélectionnés en compétition

Djibril Diop Mambéty sera honoré pour le 20ème anniversaire de sa mort

Tarifa, 25 avril 2018. Le Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger fêtera ses15 ans du 26 avril au 5 mai 2018. La programmation de cette édition comportera six sections – Hypermétropie, En bref, Afroscope, Autour de Bouanani : le cinéma marocain d’avant-garde, Afrodescendances et 15 ans de FCAT – 80 films, dont trente-six premières en Espagne et deux premières mondiales. I’m Not a Witch de la réalisatrice zambienne Rungano Nyoni, Bafta du meilleur premier film en 2018, sera projeté en ouverture. Une histoire tragique imprégnée de réalisme magique sur une fillette de huit ans enfermé dans un camps de sorcières, qui a beaucoup émue le public de Cannes l’année dernière. Une fois de plus, la qualité artistique est au cœur de la sélection des titres présentés à Tarifa, la ville la plus au sud de l’Europe occidentale, et à Tanger, la ville la plus septentrionale d’Afrique. Deux sièges, deux villes, deux continents, séparés uniquement par 14 kilomètres de mer Méditerranée.

Le Sénégal sera largement représenté au FCAT 2018. Angèle Diabang, réalisatrice de, entre autres, Yandé Codou, la griotte de Senghor ou Congo, un médecin pour sauver les femmes, sera membre du jury de cette édition et 6 films sénégalais feront partie de la programmation du festival de cinéma africain le plus important du monde hispanophone. Dem Dem ! des cinéastes Pape Bouname Lopy, Marc Recchia et Christophe Rolin, lauréat du Tanit d’Argent aux Journées Cinématographiques de Carthage et couronné au Festival Cortos Rek de Dakar, est en compétition dans la sélection officielle de courts-métrages, ainsi que Mama Bobo de Ibrahima Seydi et Robin Andelfinger. Le FCAT rendra hommage à Djibril Diop Mambéty pour le 20ème anniversaire de son décès avec la projection de son chef d’œuvre Touki bouki (1973) et de son dernier film La Petite vendeuse de soleil (1999), sélectionné dans la section 15 ans de FCAT.

L’artiste Lamine Dieme organisera également un atelier de formation à l’animation en volume destiné à des étudiants des deux rives du Détroit de Gibraltar. Dieme a utilisé cette technique pour la création de son film Au commencement, présenté au FCAT en 2014.  D’autre part l’artiste María Luisa Angulo, fondatrice de Trias Culture, organisation basée à Dakar qui vise à promouvoir l’utilisation des technologies numériques au service de la création artistique en Afrique, a été invitée à Tarifa pour la préparation du concours de la deuxième édition de Africa Artbox, dont le FCAT deviendra l’un des partenaires stratégiques. Cette initiative cherche à se positionner comme une référence en matière de création numérique sur le continent africain. La présence des deux artistes au FCAT est soutenue et financée par Action Culturelle Espagnole (AC/E).

La lutte, la mode et le temps de la vie sont les axes fondamentaux du travail de regards croisés sur Dakar que le photographe sénégalais Mamadou Gomis et le documentariste espagnol Père Ortín mettent en œuvre dans l’exposition Dakar, un regard. C’est le résultat de dix ans de travail commun et dont la richesse surgit de la complémentarité des points de vue : celui de citoyen-narrateur local (Gomis) et celui de l’étranger (Ortín) fasciné par la vie qui émane de l’Afrique urbaine. De ce dialogue naît une exposition toute en nuances, qui mêlent les points de vue artistique, documentaire et journalistique. Photographies et vidéos qui nous invitent à observer avec intention et attention pour reconnaître que la beauté est toujours présente dans l’œil de celui qui regarde et de celui qui raconte les histoires. L’exposition est produite par Casa África, en collaboration avec Altaïr Magazine.

La programmation générale du FCAT 2018

Cette année, quatorze films, sept fictions et sept documentaires produits entre 2017 et 2018, ont été retenus dans la sélection officielle du festival, Hypermétropie. La majorité des fictions en compétition viennent du nord de l’Afrique (Tunisie, Algérie, Maroc et Egypte), tandis que l’Afrique subsaharienne est représentée par 5 documentaires. Beaucoup de ces films illustrent la situation politique de divers pays d’Afrique et mettent en scène les mouvements populaires déclenchés dans le sillage du Printemps arabe.

À l’instar de ce qui s’est passé dans d’autres pays africains, il y a-t-il encore de l’espoir pour une transition démocratique ? La réponse est au centre des documentaires Boxing Libreville (Amédée Pacôme Nkoulou), Kinshasa Makambo (Dieudo Hamadi), Vote Off (Fayçal Hammoun) et aussi Sinestesia, El Cairo’13 (Maged El-Mahedy). Ces films seront projetés pour la première fois en Espagne et au Maroc, alors que Lendemains incertains de Eddy Munyaneza, sur l’incertitude provoquée en 2015 par les manifestations contre le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, sera présenté en première mondiale.

Les revendications féministes en vogue gagnent de plus en plus de terrain dans l’espace publique et cela se reflète bien évidement dans le cinéma d’un continent qui regarde de près les changements sociaux et politiques. En Afrique, ainsi que dans le reste du monde, les films commencent à déconstruire la culture patriarcale qui a façonné l’identité féminine depuis des temps immémoriaux.

Quatre cinéastes contemporaines africaines, la plupart réalisatrices d’un premier long-métrage, témoignent ce virage féministe dans la sélection officielle, Hypermétropie : La zambienne Rungano Nyoni ouvrira le festival, la tunisienne Kaouther Ben Hania recrée le calvaire d’une jeune fille victime d’un viol collectif dans La Belle et la meute, film présenté au Festival de Cannes l’année dernière, la sueco-burkinabée  Theresa Traoré Dahlberg donne la parole à des femmes qui exercent des professions dites masculines dans son documentaire Ouaga Girls, et la réalisatrice marocaine Narjiss Nejjar cible une partie sensible de l’histoire du Maroc dans Apatride.

D’autre part, la section parallèle Afroscope racontera l’Afrique comme elle va à travers des documentaires We Have Never Been Kids (Egypte) de Mahmood Soliman et Au délà de l’ombre (Tunisie) de  Nada Mezni Hafaiedh, et des fictions The Wound (Afrique du Sud) de John Trengove, Supa Modo (Kenya) de Likarion Wainaina et Une saison en France (Tchad) de Mahamat Saleh Haroun. Regards d’Espagne montrera la vision du réalisateur David Reznak sur le Mali dans le documentaire CC1682 et de David Gutiérrez Camps dans Sotabosc. De même, le festival rendra un hommage spécial à Nelson Mandela pour le centenaire de sa naissance, à Hugh Masekela, compositeur de la musique du film Mandela, fils de l’Afrique, père d’une nation et qui vient de disparaître, et à Idrissa Ouedraogo qui a rendu son dernier soupir au mois de février dernier.

Autour de Bounani: le cinema marocain d’avant-garde, offrira  au public espagnol l’occasion de découvrir pour la première fois une large rétrospective consacrée à Ahmed Bouanani, l’un des cinéastes marocains les plus avant-gardistes mais paradoxalement oublié de l’histoire du cinéma marocain. Le chercheur et cinéaste Ali Essafi est l’auteur du film La Septième Porte, un essai cinématographique qui mêle conversations filmées et extraits de films et tente de restituer l’univers artistique du cinéaste et poète. Il est aussi le commissaire de cette rétrospective réunissant les œuvres cinématographiques de Bouanani et des films d’autres réalisateurs de cette génération qui ont travaillé et partagé une vision du cinéma avec lui. Cette rétrospective, présentée à la Berlinale en 2017, est inédite en Espagne. Le FCAT a pris en charge le sous-titrage en espagnol des treize films sélectionnés, en espérant vivement que cela encourage d’autres institutions cinématographiques et culturelles du pays à offrir à leurs publics la possibilité de les découvrir.

La section Afrodescendances met en lumière huit films nationaux et internationaux de la diaspora africaine en Europe. Cette 15ème édition sera de nouveau un lieu de rencontre, de connaissance, d’échange et de communication entre des acteurs, actrices et professionnels du cinéma d’origine africaine et le reste de la société espagnole, faisant du FCAT un point de référence pour l’afrodescendance dans ce pays.

Finalement, en hommage au 15 anniversaire du festival de cinéma africain le plus remarquable du monde hispanophone, le cycle 15 ans de FCAT montrera des films primés par le jury ou par le public lors des éditions précédentes. Des œuvres représentatives de l’âme de cet évènement, qui tout au long de sa trajectoire a voulu exposer des films avec lesquels les créateurs ont construit la narration, l’imaginaire et l’identité culturelle d’un continent aux multiples facettes en pleine croissance, qui continue à chercher sa place dans le monde.

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