Les films de deux femmes burkinabées sélectionnés au Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger 2019

Les films de deux femmes burkinabées sélectionnés au Festival de Cinéma Africain de Tarifa-Tanger 2019

Le documentaire Le Loup d’or de Balolé de Chloé Aïcha Boro en lice pour le prix au meilleur long-métrage

Le court-métrage La femme de l’Ambassadeur de Theresa Traoré Dahlberg sélectionné en compétition

Tarifa, 26 avril 2019. La 16ème édition du Festival de Cinéma de Tarifa-Tangerse tiendra du 25 avril au 4 mai 2019. Il s’agît d’un événement transfrontalier se déroulant de part et d’autre du détroit de Gibraltar. La programmation de cette année se divise en huit sections : Hypermétropie, En bref, Afroscope, Séances nostalgie – histoires africaines-américaines, Ghana en quatre actes, La Troisième racine, Cinéma en famille et Hommages. 82 films, dont 29 premières en Espagne et une première mondiale. Meu amigo Feladu réalisateur brésilien Joel Zito Araújo sera le film d’ouverture de cette édition. Le documentaire porte sur la complexité de la vie de Fela Kuti, qui se dévoile à travers les yeux et les conversation de son ami et biographe officiel, l’africain-cubain Carlos Moore, avec d’autre personnages qui ont connu Fela Kuti de près. Une fois de plus, la qualité artistique est au cœur de la sélection des titres présentés à Tarifa, la ville la plus au sud de l’Europe occidentale, et à Tanger, la ville la plus septentrionale d’Afrique. Deux sièges, deux villes, deux continents, séparés uniquement par 14 kilomètres de mer Méditerranée.

Deux femmes burkinabées au FCAT 2019

Le cinéma burkinabé participe avec deux films dans les deux sélections officielles du FCAT 2019. Le documentaire Le loup d’or de Balolé de la réalisatrice Chloé Aïcha Boro, Étalon d’or du meilleur documentaire au Fespaco 2019, est en sélection officielle du meilleur long-métrage. La réalisatrice dresse le tableau d’une carrière de granit au cœur de Ouagadougou où près de 2.500 personnes, hommes, femmes et enfants, travaillent dans des conditions dantesques. Le salaire journalier d’un homme est d’environ 600 Francs CFA (environ un euro), celui d’une femme ou d’un vieillard à peu près la moitié, et celui d’un enfant, 200 Francs CFA. Une population d’esclaves modernes, exploités par des vendeurs de pierre souvent peu scrupuleux, et qui vit en marge d’une société qui refuse de les voir.

Retenu dans la sélection officielle de courts-métrages,La Femme de l’ambassaadeur de Theresa Traoré Dahlbergnous emmène dans le somptueux jardin ouagalais de l’ambassadeur de France au Burkina Faso. Sa femme rêvait de devenir une chanteuse d’opéra célèbre. Au lieu de cela, le chant lui sert d’échappatoire pour supporter sa condition de femme privilégiée dans une cage dorée. Ce film aborde des questions de structures du pouvoir, de classes, de post-colonialisme et de féminisme.

Le continent américain, invité de cette édition

Le FCAT 2019 accueillera aussi la diversité cinématographique du continent américain. La rétrospective Séances nostalgie – histoires africaines-américaines propose une large sélection de films qui ont façonné l’histoire du cinéma afro-américain. Parmi les titres projetés, le public du détroit de Gibraltar découvrira entre autres les films des pionniers qui ont pris la caméra pour dénoncer les clichés racistes d’Hollywood ainsi que le dernier opus de Spike Lee, BlacKkKlansman (2018).

Conçue par Keith Shiri, programmateur du London Film Festival, cette section rassemblera 14 titres ayant pour but de mettre en lumière l’importance du cinéma afro-américain : depuis les race films de l’époque du cinéma muet, jusqu’à l’ère de la ségrégation raciale aux État-Unis, le mouvement Blaxplotation, le cinéma de Gordon Parks Jr.ou d’auteurs contemporains comme Spike Lee, Julie Dash, Kasi Lemmons ou Marlon Riggs.

Le succès de stars comme Denzel Washington, Idris Elba ou Omar Sy, ainsi que l’irruption de Steve McQueen aux Oscars en 2014, ont facilité le développement d’un public transnational, composé en majorité de jeunes d’origine africaine de plus en plus conscients et désireux de se voir représentés par des acteurs noirs assumant des rôles importants.

Cinq films feront partie de la section La Troisième Racine: des créations réalisées par des cinéastes d’origine latino-africaine et portant sur les problématiques des communautés noires de plusieurs pays d’Amérique Latine. Dans le cadre de « la Décennie internationale des personnes de descendance africaine en Amérique Latine et dans le monde entier », déclarée par l’Organisation des Nations Unies en 2015, le FCAT renforce un nouvel axe de travail centré sur l’afro-descendance en Amérique Latine.

Cette nouvelle approche permettra au festival d’évaluer à travers le cinéma le degré de visibilité des Noirs sur un continent où la population d’ascendance africaine atteint les 200 millions de personnes (sur un total de 625 millions de latino-américains).Cette année, le FCAT se centrera sur trois pays choisis selon deux critères : l’intérêt de la production cinématographique nationale et le taux d’ascendance africaine au sein de la population. La sélection présentera donc cinq longs-métrages de fiction issus de Colombie, du Mexique et de République Dominicaine.

Hshouma de Zainab Fasiki 

L’artiste marocaine Zainab Fasiki présentera à Tarifa l’exposition Hshouma. Ce projet a été développé durant El Ranchito, un programme de résidences artistiques qui s’est tenu au Matadero (Madrid) en juin 2018, et en collaboration avec le Queens Collective de Marrakech. Le mot hshouma, issu d’un dialecte marocain, désigne un tabou, un sujet qui ne doit pas être évoquer avec les autres. Dans ce pays, les tabous liés aux différents aspects de la société empêchent toute possibilité d’aborder certains sujets concrets, que ce soit en famille ou à l’école. Le manque de communication sur ces questions entraîne de nombreux problèmes sociaux, comme l’acquisition de connaissances erronées sur des thèmes essentiels qui requièrent l’intervention de professionnels dans le secteur de l’éducation.

Les illustrations que l’artiste présente à Tarifa montrent plusieurs des tabous les plus enracinés dans la société marocaine : l’éducation sexuelle, l’égalité des genres, le corps, la violence, la discrimination et la liberté.

Âgée seulement de 24 ans, Zainab Fasiki est devenue une figure féministe de référence dans le monde arabe. Sa volonté farouche de diffuser aux quatre coins du monde les diverses difficultés auxquelles sont confrontées les femmes au Maroc lui a permis d’exposer ses œuvres dans de nombreux pays.

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